Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à Aix-les-bains — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Aix-les-bains

Pages 155
Langues Français Deutsch English Italiano
ISBN 9798279190294
Parution 20/12/2025
★★★★☆ 4,0/5 — 13 avis
Format broché 12,50 €
Format numérique 6,99 €

Présentation

Aix-les-Bains, en hiver. Le manoir Belle Époque d'Henri Valvert isole cinq anciens associés, vingt ans après la trahison qui a ruiné leur start-up. Leur hôte, Didier Lambert, collectionneur d'ennemis, meurt à minuit, empoisonné. Le crime est parfait : le poison n'agit qu'au bout de cinq heures. Comment l'a-t-on administré ? Élise Martin, vingt-cinq ans, serveuse et fille adoptive de Valvert, ayant abandonné des études de pharmacie, observe tout. Les silences pèsent, les regards en disent long. Chaque convive a un mobile, chaque objet une double fonction. Le sabre d'argent, le porto Vintage 1970, un miroir à double sens... Un puzzle diabolique où chaque pièce s'emboîte avec une précision d'horloge. Atmosphère glacée, dialogues ciselés, une enquêtrice qui sait regarder sans être vue. Le lecteur a tous les indices, mais saura-t-il voir ? Jusqu'au dernier mot, la vérité se dérobe, implacable et pourtant inavouable.

Extrait

La neige commença à tomber sur Aix-les-Bains vers quatre heures de l’après-midi, ce qui, selon la radio, était au moins trois heures plus tôt que prévu. Élise Martin l’apprit en même temps que la liste des courses du dîner, qu’Alain avait griffonnée sur un coin de papier de soie, comme s’il eût redouté que l’encre de sa propre main ne souillât l’élégance de la soirée. Elle plia soigneusement la liste, la glissa dans la poche de son tablier de lustrine – une pièce d’uniforme qui faisait plus penser à une robe de bal déchue qu’à l’habit d’une serveuse – et regarda par la fenêtre de l’office. Les premiers flocons, gros et paresseux, tourbillonnaient dans la lumière des lampadaires comme des papillons de nuit ivres de leur propre audace. — Il neige, dit-elle, sans savoir à qui elle s’adressait. Peut-être à la casserole de crème anglaise qui mijotait sur le feu, ou à la carafe de porto qu’Alain avait débouchée une heure plus tôt, avec une lenteur rituelle qui suggérait un acte de mémoire plutôt qu’un geste domestique. Alain Fournier, le majordome, ne releva pas. Il était occupé à aligner sur un plateau d’argent cinq flûtes à champagne d’une propreté chirurgicale. La sixième, celle d’Élise – car elle buvait toujours la première gorgée pour « tester la qualité », disait-elle, ce que personne ne croyait mais que tout le monde acceptait –, reposait à part, à moitié pleine, sur le dessus du réfrigérateur. Elle y avait laissé, inconsciemment, une empreinte de rouge à lèvres façon grenat. — Ils vont avoir des ennuis, les pauvres, marmonna Alain enfin. La route de la Revard n’est pas salée. Et la météo annonce trente centimètres d’ici minuit. Élise aurait pu répondre que les cinq invités arrivés de Paris en voiture particulière n’étaient pas du genre à redouter la neige ni les ennuis, mais elle se tut. À vingt-cinq ans, elle avait appris que le silence était souvent la réponse la plus intelligente à une remarque qui n’en était pas vraiment une. Elle se contenta de hocher la tête et de passer au salon, où le feu crépitait avec une régularité mécanique. Le manoir des Cygnes, bâti en 1896 par un industriel suicidaire qui avait mal calculé la consistance de ses fondations, était une bâtisse excessive dans tous les sens du terme. Excessive de hauteur, avec sa tourelle qui menaçait de percer la couche nuageuse ; excessive de largeur, avec sa galerie de portraits de Valvert par trois générations de peintres médiocres ; excessive surtout d’ambition, comme si la pierre avait voulu imiter l’ostentation de ses propriétaires. Ce soir, sous les lampes de porcelaine aux abat-jour frangés, il semblait à la fois surprotégé et vainement tentaculaire, une forteresse contre un ennemi qui n’arriverait pas par la neige, mais par la porte d’entrée. Henri Valvert, le maître de ces lieux, attendait dans le hall, droit comme une statue de cire, un verre de whisky à la main. Il avait soixante-cinq ans, mais sa silhouette décharnée et sa chevelure grise impeccablement taillée en brosse le faisaient paraître plus proche de la soixantaine, comme si l’argent avait le pouvoir de rajeunir par la seule force de la volonté. Il sourit quand Élise apparut – un sourire de carnassier poli, qui ne concernait pas vraiment la jeune femme, mais l’effet qu’elle produisait sur la scène générale. — Ils sont en retard, bien sûr, dit-il avec un amusement feint. Lambert m’a toujours dit qu’il ne respectait que les horaires qu’il fixait lui-même. C’est un principe de PDG, paraît-il. — Leur avion a été retardé, Monsieur, répondit Élise en s’effaçant contre le chambranle de la porte. Ils ont atterri à Lyon à trois heures. Ils devraient être là d’une minute à l’autre. Valvert hocha la tête, satisfait. Il appréciait en Élise cette capacité à fournir une réponse avant même que la question ne soit formulée, qualité qu’il associait aux bonnes servantes et aux bons actionnaires. Il ne savait pas – ou préférait ignorer – qu’Élise avait abandonné une licence de pharmacie deux années plus tôt, et que sa précision d’esprit n’était pas domestique, mais scientifique. C’était l’un des secrets partagés entre eux, quoique tacitement : il ne posait pas de questions sur son passé, et elle n’en fournissait pas sur le sien. La première voiture crissa dans l’allée à dix-sept heures quarante-trois. Alain ouvrit la porte avec une raideur protocolaire qui aurait fait honneur à un huissier de la République en passe d’être décoré.
Auteur

Guillaume Germain

Guillaume Germain est un auteur français reconnu pour ses thrillers psychologiques et romans policiers qui explorent les recoins sombres de la société contemporaine. Passionné par les enquêtes criminelles et les mécanismes de l'esprit humain, il puise dans une solide connaissance des institutions et des territoires français pour construire des intrigues captivantes aux quatre …

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