Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Crime et pièce montée — Rosie Penhallow — Éditions Revolu
Thriller et policier

Crime et pièce montée

Une enquête cosy mystery à la française, du caramel au coupable

Pages 165
Langue Français
ISBN 9798181016453
Parution 10/06/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Juin dans les monts du Lyonnais. Armelle Quéméneur a quitté ses fraises de Plougastel, Goémon sur le siège passager, pour le mariage de son petit-cousin au Domaine de Tourcieu : trois jours de noces, quatre-vingts convives et une pièce montée de trois cent cinquante choux signée du plus grand traiteur de Lyon — un tyran en toque qui goûte l'eau avant de la boire, fait désinfecter le propre et règne sur sa cuisine comme sur une cour. Au matin de la cérémonie, on le découvre sans vie près de sa pièce inachevée. Accident, conclut une gendarmerie pressée de classer. Mais Armelle a noté deux heures qui ne s'accordent pas, un objet envolé et une maison un peu trop bien rangée. Entre brioche aux pralines, vignes et thé de cinq heures, la productrice de fraises pose la question de trop. Dans les mariages, on lance le bouquet. Ici, on cherchera le coupable.

Sommaire

Trente cagettes pour un mariage
Le domaine des cent volets
Sa Majesté des choux
Quenelles, rancunes et feu d’artifice
Six heures, l’heure des fraises
On ne décommande pas une mariée
Valse, gratin et soupçons
Un brunch en demi-deuil
Coefficient
La truffe du douanier
Les vins du beau-père
L’apprentie en colère
Le classeur fluo et la photographie
La ligne manquante
Le silence des Frécon
La sacoche voyageuse
Le thé de cinq heures
Rassemblement dans l’orangerie
Les aveux du maître d’hôtel
La pièce montée de Romane

Extrait

L’aube, au-dessus de l’anse de Kerivin, avait cette couleur de beurre frais qui annonce une belle journée de cueille. Armelle Quéméneur était dans ses rangs depuis cinq heures et quart, le dos rond, les doigts vifs, et elle cueillait comme son père le lui avait appris quarante ans plus tôt : pas tirer, tourner. L’ongle sous le pédoncule, un quart de tour, et la gariguette1 tombait dans la paume sans une meurtrissure, tiède déjà, sucrée comme une promesse. À l’autre bout du rang, une tache blanche et orange montait une garde approximative. Goémon, épagneul breton de ses neuf ans, surveillait les barquettes pleines avec l’expression d’un fonctionnaire intègre que tout le monde soupçonne à raison. Quatre barquettes en neuf ans de carrière. La foi intacte. — On ne te demande rien, lui dit Armelle. Surtout pas ton avis. Le faire-part était dans la poche de son tablier depuis trois semaines, corné aux angles à force d’être relu. Erwan Quéméneur et Capucine Vernay ont la joie de vous convier à leur mariage, au Domaine de Tourcieu, à Savigny, dans les monts du Lyonnais. Erwan. Le petit-cousin aux genoux éternellement verts, qui passait ses étés à Kerivin du temps de Jean et qui mangeait plus de fraises qu’il n’en ramassait. Il avait pleuré, à huit ans, le jour où elle lui avait appris le quart de tour ; de fierté, avait-il juré. Il était monté à Lyon dix ans plus tôt, ingénieur dans quelque chose qu’Armelle n’avait jamais bien situé, et voilà qu’il épousait la fille d’un négociant en vins. Elle avait répondu oui le jour même, et promis trente cagettes de gariguettes pour le vin d’honneur. On n’arrive pas les mains vides dans une famille qu’on ne connaît pas. On arrive avec ce qu’on est. Le marché du samedi fut une affaire expédiée, ce qui ne veut pas dire discrète. Le confessionnal aux gariguettes – c’est ainsi qu’on appelait son étal, sur la place, depuis plus longtemps qu’elle ne voulait l’admettre – fonctionnait selon une liturgie simple : on achetait une barquette, on déposait un ragot. Armelle encaissait les deux avec la même équité. Elle n’était pas une commère, quoi qu’en dise la moitié du bourg ; les commères colportent, elle archivait. Nuance de métier. Or ce samedi-là, le bourg entier savait qu’elle partait, et chacun venait moins acheter des fraises que vérifier l’information. — Lyon, donc, dit madame Le Gall en soupesant une barquette comme on soupèse un alibi. C’est loin, Lyon. — C’est surtout à l’est, dit Armelle. — On dit que c’est une ville où on mange bien. — On le dit. — Vous nous raconterez. – Madame Le Gall se pencha, baissa la voix d’un cran, ce qui chez elle signifiait que la place entière allait profiter de la confidence. – Et vous savez, pour la fille Tanguy ? Elle a rendu sa blouse à la pharmacie. Du jour au lendemain. On dit qu’elle monte une boutique de tisanes. — Les gens font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, dit Armelle, qui nota mentalement la blouse, la tisane et le « du jour au lendemain  », par habitude, comme on remonte une montre. À midi, l’étal était vide et la rumeur de son départ avait fait trois fois le tour de la place, enrichie à chaque passage. Entre-temps, le confessionnal avait honoré ses obligations ordinaires. La doyenne des Kérébel était venue acheter sa barquette du samedi et tenter, comme chaque semaine, de corrompre Goémon avec un fond de quignon – il accepta le quignon, refusa la corruption, c’est toute la différence entre un douanier et un homme. Elle en profita pour signaler que le comité des fêtes était « au bord de la guerre civile  » à propos de la couleur des guirlandes du pardon, madame Cariou tenant pour le bleu au nom des archives, le reste du bureau pour le jaune au nom du bon sens. Puis le père Jaouen passa en coup de vent, bénit les fraises d’un geste économe, et confia à Armelle, avec son humour de sacristie, qu’il priait pour le mariage de son petit-cousin « par anticipation, parce qu’avec les familles, on n’est jamais trop couvert  ». À la dernière version de la rumeur, elle partait un mois, le mariage était à Paris et Goémon prenait l’avion. La crêperie de Maryvonne Squiban tenait l’angle de la place depuis trente et un ans, et Maryvonne tenait Maryvonne depuis plus longtemps encore.
Crime et pièce montée par Rosie Penhallow - Éditions Revolu

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