Thriller et policier
Qui a volé le diadème de l'Impératrice ?
Une comédie policière dans le Paris des ventes aux enchères
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Novembre. Armelle Quéméneur quitte ses serres de Plougastel pour Paris, Goémon sur les talons : chez Vermeil, vénérable maison de ventes du faubourg Saint-Honoré, passe aux enchères la broche de sa grand-mère, vendue dans les années maigres. Estimation : trois cents euros. Un cœur d'or à ramener à la maison. Mais ce jour-là, toute la salle ne respire que pour le diadème de Trianon, porté par Marie-Antoinette puis par l'impératrice Joséphine. Un cri, trente secondes de noir — et la cloche de verre est vide. Cinq cents témoins, personne n'a rien vu. Sauf les caméras, qui ont vu Armelle debout près de l'estrade, un gant suspect au fond du cabas. Pour rentrer en Bretagne la tête haute, la fraisière devra trouver elle-même le prestidigitateur. Entre logeuse mondaine, expert en joaillerie, collectionneur à monocle et figurante professionnelle, le thé sera servi — et la question de trop, posée. Aux enchères, tout s'adjuge. Sauf la vérité.Sommaire
La broche au cœur tordu
Une Bretonne au faubourg
Le jour de l’exposition
Trente secondes de noir
Le gant de trop
À disposition de la justice
Côté office
La dame du troisième rang
L’héritière à contrecœur
Des gants et une plume
Un dîner chez Odette
La lumière des perles
Le registre du coffre
Les dettes des uns
Le thé de la capitaine
Une réparation invisible
L’heure du thé au grand salon
Retour par marée basse
Extrait
Novembre avait rendu les serres au silence. À Kerivin, les deux hectares dormaient sous le crachin, alignements de bâches grises où la fraise ne serait plus qu’une promesse jusqu’au printemps1. Armelle Quéméneur aimait cette saison comme on aime une maison rangée : rien n’y poussait, mais tout s’y préparait. Elle passait ses matinées à inspecter les plants, à noter les coefficients de marée sur le calendrier de la coopérative, et à perdre contre Goémon la bataille quotidienne du fauteuil près du poêle. Le crachin de novembre n’était pas une pluie, c’était un climat d’intérieur étendu à toute la presqu’île. Il ne tombait pas : il séjournait. Du haut de Kerivin, on devinait la rade plus qu’on ne la voyait, une pâleur d’étain entre deux rideaux gris, et l’Élorn n’était plus qu’une idée de rivière quelque part sous la brume. Les jours raccourcissaient par les deux bouts. À quatre heures, la cuisine allumait sa lampe ; à cinq, le pays entier sentait la soupe et le feu de bois. L’épagneul avait ses quartiers d’hiver. Neuf ans de carrière dans le vol de fraises lui avaient appris la patience ; quatre barquettes en neuf ans, et la foi intacte. En novembre, faute de butin, il se rabattait sur la surveillance générale de l’exploitation, truffe au vent, l’air d’un fonctionnaire consciencieux dont le service serait provisoirement fermé. Le samedi, le marché de Plougastel se resserrait autour de la halle comme une assemblée frileuse. Sans son étal, Armelle y venait en simple paroissienne, ce qui ne changeait rien à l’essentiel : on continuait de lui apporter les nouvelles avec le kouign-amann. Le confessionnal aux gariguettes fermait l’hiver ; la confession, jamais. Elle y croisa le lieutenant Kervella, col remonté, qui choisissait des poireaux avec la minutie d’un homme dressant un procès-verbal. — Madame Quéméneur. On me dit que vous partez à Paris. — On vous dit beaucoup de choses, lieutenant. Pour une fois, on vous dit vrai. — Alors je vous souhaite des vacances sans cadavre, dit-il en pesant ses poireaux. La capitale a ses propres gendarmes. Ils sont susceptibles. — Je vais à une vente aux enchères, lieutenant. Le seul risque, c’est de revenir ruinée. — C’est ce que vous disiez avant le comice, et j’ai fini avec trois déposition de plus. Appelez-moi avant la cueillette, madame Quéméneur. Même depuis Paris. Il s’éloigna, digne, ses poireaux sous le bras. Madame Le Gall, qui n’avait rien perdu de l’échange, en informait déjà la moitié de la halle. Tout avait commencé le mardi, à la crêperie. Maryvonne Squiban tenait la place depuis trente et un ans et considérait que ce qui se disait ailleurs n’était que rumeur en attente de validation. Ce mardi-là, elle avait servi à Armelle une complète et un cidre sans qu’on les lui demande, ce qui annonçait une affaire sérieuse, puis avait posé sur la toile cirée une feuille imprimée, lissée du plat de la main. — Ma nièce a trouvé ça sur l’ordinateur. Regarde le lot 112 avant de me dire que je te dérange. C’était une page de catalogue. En haut, un en-tête gris perle : Maison Vermeil, ventes aux enchères depuis 1898 – grande vente d’automne, bijoux et souvenirs historiques. Et au milieu de la page, entre une paire de boucles d’oreilles et un bracelet de deuil, la photographie d’une broche en or jaune, en forme de cœur, ornée d’une perle fine. « Lot 112. Broche cœur en or, travail breton, vers 1930. Provenance : succession de l’Ouest. Estimation : 300 euros. » Armelle ne dit rien pendant un long moment. Maryvonne, qui savait lire les silences comme d’autres lisent le marc de café, retourna à ses billigs et la laissa seule avec la feuille. La griffe. C’était la griffe qui ne trompait pas. Sur le lobe gauche du cœur, la petite griffe d’or qui retenait la perle était tordue, à peine, d’un quart de tour – un défaut de jeunesse que le bijoutier de Daoulas n’avait jamais voulu redresser, « parce qu’on ne corrige pas ce qui tient ». Armelle avait passé des dimanches entiers de son enfance à fixer cette griffe tordue sur le col du manteau de sa grand-mère, à la messe, pendant que le sermon coulait sur elle sans l’atteindre. La broche de grand-mère Quéméneur. Vendue l’année de ses dix ans. Elle se souvenait de tout, parce que sa mémoire ne lui avait jamais demandé son avis. Le car de Brest, bleu et blanc, qui sentait le gazole et la pluie.