Les algorithmes de l'âme
50 récits d'anticipation sur l'intelligence artificielle et l'âme humaine
Présentation
Les algorithmes de l'âme est un recueil de 50 récits d'anticipation qui interrogent ce que l'intelligence artificielle fait de l'humain. Mémoire augmentée, identité fragmentée, lien sous algorithme, conscience sous-traitée, émotion calibrée : cinq thèmes, dix récits chacun, une chute glaçante à chaque fin de page.
Ryoichi Kuroda, déjà auteur d'un manuel sur l'art du haïku salué pour sa rigueur (HaikuMania), explore ici une autre forme brève de la tradition japonaise : le short short, micro-nouvelle popularisée par Shin'ichi Hoshi et devenue un genre littéraire à part entière au Japon. Économie radicale, ton clinique, situations apparemment ordinaires qui basculent dans le vertige en quelques phrases : chaque récit dure le temps d'un trajet, mais reste en mémoire bien plus longtemps.
Si vous avez aimé l'inquiétude diffuse de Black Mirror, les chutes vertigineuses de La Quatrième Dimension ou la fiction philosophique de Ted Chiang, vous tenez entre les mains un livre qui prolonge cette lignée — en français, et avec la concision tranchante héritée de la tradition japonaise du récit court.
50 récits. 50 chutes. 50 questions sur ce qu'il restera de nous.
Sommaire
Extrait
Service après-vente La veuve appela le support technique trois mois après l’enterrement. L’opérateur décrocha à la troisième sonnerie. Sa voix était posée, courtoise, légèrement nasale. — Bonjour madame. Numéro de contrat ? Elle dicta la longue série de chiffres figurant sur la carte plastifiée que son mari conservait dans son portefeuille. L’opérateur consulta le dossier. Il y eut quelques secondes de silence pendant qu’il parcourait les informations. — Je vous écoute, madame. Elle hésita. Elle avait préparé sa phrase, mais elle hésita quand même. — Voilà. Mes souvenirs de mon mari me semblent étranges. — Étranges en quel sens ? — Il y a des moments où je suis sûre qu’il a été odieux avec moi. Des disputes, des humiliations. Et quand j’essaie d’y penser maintenant, je les revois autrement. Plus douces. Presque tendres. Comme si on les avait reformulées. — Je comprends, madame. Pouvez-vous me donner un exemple précis ? Elle réfléchit.