Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
La Dame de Plougastel — Rosie Penhallow — Éditions Revolu
Thriller et policier

La Dame de Plougastel

Une enquête cosy mystery au pays de la fraise

Pages 149
Langue Français
ISBN 9798180975911
Parution 10/06/2026
★★★★☆ 4,0/5 — 1 avis
Format broché 12,50 €

Présentation

À Plougastel-Daoulas, au cœur de juin, on prépare la Fête de la Fraise et l'on s'écharpe déjà sur les emplacements de stands. Sur le marché, l'étal d'Armelle Quéméneur tient lieu de confessionnal : on y achète une barquette de gariguettes, on y dépose un ragot — sous l'œil intéressé de Goémon, épagneul breton et voleur de fraises patenté. Mais un mardi matin, Loïc Bramoullé, négociant et président du comité des fêtes, est retrouvé mort dans sa serre. Le cœur, conclut la gendarmerie, qui classe avant la marée suivante. Armelle, elle, a vu ce que personne ne regarde : trois rangs de fraises cueillis dans la nuit, à la perfection, et un cahier vert envolé. Qui cueille les fraises d'un mort ? Entre crêperie, sacristie et commérages, Armelle pose la question de trop. À Plougastel, la fraise se mérite. Le coupable aussi.

Sommaire

Le confessionnal aux gariguettes
Le comité des fêtes au bord de la crise de beurre
La longère du négociant
Des fraises cueillies de nuit
La question de trop
Le fraisier de la discorde
La parcelle d’Yvon
L’héritier vertical
Les digitales de Bernadette
Le terrain du bon Dieu
L’affaire qui fâcherait du monde
La haie de Jos Kéraudren
L’arrestation qui n’en était pas une
Le porte-greffe
Les mains de Madame Crozon mère
La répétition générale
Le rassemblement de la Fête de la Fraise
La Dame de Plougastel

Extrait

À huit heures du matin, la place du marché de Plougastel-Daoulas sentait déjà la fraise chaude, le café des Thermos et le ciré mouillé. Le crachin de la nuit s’évaporait des bâches en petites fumées paresseuses, et le soleil de juin, encore timide, posait sur les barquettes de gariguettes un vernis que nul pâtissier n’aurait su imiter. Armelle Quéméneur ajusta la pancarte des Fraises de Kerivin, vérifia l’alignement de ses cagettes au millimètre, et déclara la journée ouverte. Sous la table, Goémon ouvrit un œil. C’était un épagneul breton de neuf ans, blanc et orange, à l’arrière-train perpétuellement en mouvement et à la conscience professionnelle élastique. Officiellement, il gardait l’étal. Officieusement, il attendait qu’une barquette tombe. En neuf ans, il en était tombé quatre, ce qui suffisait à entretenir la foi. Armelle avait soixante-trois ans, des mains de cueilleuse et une mémoire qui classait les gens comme les marées : par coefficient. Veuve de Jean Quéméneur, patron de chantier ostréicole emporté six ans plus tôt par un cœur trop pressé, elle tenait l’exploitation seule, deux hectares au-dessus de l’anse de Kerivin, et son étal du samedi comme d’autres tiennent un cabinet de consultation. Sa mère, Margaret, était arrivée de Cornouailles1 en 1958 pour un stage de conserverie, avait épousé un Breton au bout de trois semaines et n’était jamais repartie, léguant à sa fille des yeux gris de mer du Nord, l’habitude du thé à cinq heures quoi qu’il arrive, et cette conviction très britannique que la curiosité n’est pas un défaut mais une politesse qu’on fait au monde. De son père, Armelle tenait le reste : le granit, et l’art de poser la question de trop. Car l’étal des Fraises de Kerivin n’était pas un commerce. C’était un confessionnal. On y venait pour une barquette, on y laissait un ragot ; le taux de change était connu de toute la commune et personne ne s’en plaignait, pas même le père Jaouen, qui voyait dans cette concurrence déloyale une forme d’œcuménisme. — Deux barquettes, Armelle. Et tu sais que la belle-fille Guivarc’h a rendu sa Clio ? Rendu. En juin. — Trois barquettes. Il paraît que le camping refuse les Hollandais cette année. Enfin, un Hollandais. Mais quel Hollandais. Armelle encaissait, relançait, recoupait. Elle ne colportait jamais : elle archivait. La nuance, estimait-elle, faisait toute la différence entre une commère et une bibliothécaire. Margaret disait la même chose autrement : « On ne fouille pas dans les affaires des gens, darling. On s’y intéresse.  » Et elle versait le thé avec la mine de quelqu’un qui venait d’énoncer le droit canon. Autour de l’étal, le marché déroulait sa liturgie : le poissonnier de Lanvéoc annonçait la dorade comme on sonne le tocsin, le stand de cidre débouchait sa première bouteille « pour vérifier  », et deux retraités refaisaient le tracé de la déviation avec une véhémence de concile. Tout cela composait une rumeur que la place connaissait par cœur et qui, chaque samedi, remettait le monde d’aplomb. Vers neuf heures, Goémon se livra à son rituel le plus contesté : l’inspection des cabas. La truffe en périscope, il passait de cliente en cliente, plongeait le museau dans les paniers avec une componction de douanier et en ressortait l’air vaguement déçu. Madame Le Gall le repoussa d’un revers de main, Bernadette Crozon, la secrétaire du comité des fêtes, écarta son cabas brodé d’un geste machinal sans interrompre sa conversation sur les barnums, et la doyenne des Kérébel lui offrit un quignon, ce qui ruina trois semaines de dressage. — Un jour, ce chien trouvera de la contrebande, prophétisa Maryvonne en posant ses deux kilos de fraises à confiture sur la balance. Maryvonne Squiban tenait la crêperie de la place depuis trente et un ans, pesait ses mots comme sa pâte, au pifomètre et sans jamais se tromper, et portait sur l’humanité le regard de quelqu’un qui a vu des touristes mettre du sucre sur une complète. Elle était la seule personne du bourg dont Armelle n’archivait pas les confidences : entre institutions, on ne s’espionne pas. — De la contrebande de quoi ? demanda Armelle. — Aucune idée. Mais ce museau-là cherche quelque chose de précis. Ça se voit. Goémon, flatté, éternua. La place, pendant ce temps, montait en température. Dans huit jours, Plougastel célébrerait sa Fête de la Fraise, et la commune entière vibrait de cette fièvre particulière des villages en armes : guerre des emplacements de stands, diplomatie des guirlandes, concours du meilleur dessert fraisier dont le jury était contesté avant même d’être constitué.
La Dame de Plougastel par Rosie Penhallow - Éditions Revolu

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