L'Innocent de Jérusalem
La Passion du Christ en thriller historique, d'après les quatre évangiles
Présentation
Sommaire
Extrait
La nuit du Conseil On me réveille à la troisième veille1. Un serviteur secoue mon épaule, la main froide, la voix plus froide encore. Il ne dit qu’un mot : le Conseil. Puis il recule dans l’ombre, sa lampe tremblant au bout de son bras, et il attend que je me lève. Je me lève. À mon âge, on ne pose plus de questions à un homme qui vous réveille à la troisième veille pour vous dire le Conseil. On chausse ses sandales. On prend son manteau. On sort dans le froid. Écoutez comment cela commence. Cela commence par une nuit où personne n’aurait dû être debout, et où pourtant toute la Ville l’était. Car nous sommes à quelques jours de la Pâque2, et Jérusalem n’est plus Jérusalem. Elle a doublé, puis triplé. Les pèlerins couchent contre les murs, dans les cours, sur les terrasses, partout où un corps peut tenir. Ils sont montés du nord et du sud, des villages et des ports, avec leurs agneaux, leurs enfants, leurs vieux. On a allumé des feux à même les rues. L’odeur du suif et de la laine mouillée pèse sur la Ville comme un couvercle. On chante quelque part, on prie ailleurs, un âne braie sans fin dans une ruelle. La Ville ne dort pas parce que la Ville est trop pleine pour dormir. Je marche derrière le serviteur, et je ne suis pas tranquille. Nous descendons vers la Ville basse par des ruelles où il faut enjamber les dormeurs. Ils sont là par grappes, roulés dans leur manteau, un enfant contre le flanc, un bâton de marche à portée de main. Le serviteur passe entre eux sans les voir, comme on passe entre des pierres. Moi, je les regarde. Ce sont eux, le peuple pour lequel on va dire cette nuit qu’il vaut mieux qu’un homme meure. Ils dorment. Ils ne savent rien.