Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Guerre au Soudan — Gabriel Dayan — Éditions Revolu
Actualité et Société

Guerre au Soudan

Enquête sur un génocide oublié au Darfour

Pages 291
Langue Français
ISBN 9798258759108
Parution 24/04/2026
Format broché 14,50 €

Présentation

Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est ravagé par une guerre qui a produit la plus grande crise humanitaire du monde : douze millions de déplacés, six mille personnes tuées en trois jours lors de la chute d'El-Fasher en octobre 2025, une famine officiellement déclarée au Darfour, des massacres à caractère ethnique que les enquêteurs onusiens qualifient de signes distinctifs d'un génocide. Pendant que l'attention internationale se porte ailleurs, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide s'affrontent pour le contrôle d'un pays que leurs parrains régionaux — Émirats arabes unis, Égypte, Turquie, Iran, Russie — approvisionnent en armes, en drones et en mercenaires.
Cette enquête retrace les origines profondes du conflit, de l'héritage Béchir aux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale, en passant par la filiation janjawid et la révolution de 2019. Elle expose les circuits de l'or soudanais qui financent la guerre jusqu'aux raffineries de Dubaï, décrypte les rivalités de puissance autour de la mer Rouge, documente les massacres d'El-Geneina, de Zamzam et d'El-Fasher, et interroge la responsabilité des capitales occidentales face à une catastrophe qu'elles ont les moyens de contenir.
Un livre pour refuser l'oubli.

Sommaire

Pourquoi le monde détourne-t-il le regard ?
Comprendre les racines d’une déflagration
Que se passe-t-il réellement au Soudan ?
Décrypter les chiffres d’une catastrophe
Nommer les belligérants sans les confondre
Comprendre l’héritage du régime Béchir
Qu’a produit la révolution avortée de 2019 ?
Pourquoi avril 2023 a-t-il embrasé Khartoum ?
Qui est vraiment al-Burhan ?
Comprendre l’ascension de Hemedti
Retracer la filiation janjawid des paramilitaires
Enquêter sur les parrains et les intérêts
Revisiter le génocide oublié de
Pourquoi El-Fasher est-elle tombée ?
Documenter les massacres d’octobre
Pourquoi les Émirats arabes unis arment-ils les paramilitaires ?
Décrypter la présence russe sur le terrain
Quels intérêts les puissances régionales défendent-elles ?
Suivre la route de l’or soudanais
Comprendre l’enjeu stratégique de Port-Soudan
Mesurer les responsabilités et les issues
Pourquoi les capitales occidentales hésitent-elles ?
Que vaut réellement l’embargo sur les armes ?
Comprendre la famine déclarée au Darfour
Analyser la crise des déplacés aux frontières
Quelles voies de justice restent ouvertes ?
Une guerre qui nous regarde

Extrait

Le 26 octobre 2025, la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, tombe aux mains des Forces de soutien rapide après un siège de dix-huit mois. Dans les trois jours qui suivent, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme documente plus de six mille homicides1. Les chercheurs du Humanitarian Research Lab de l’université Yale, qui suivent depuis deux ans la zone par imagerie satellitaire, identifient plus de cent cinquante charniers dispersés dans les quartiers périphériques. Leur estimation, en janvier 2026, porte à environ soixante mille le nombre d’habitants tués ou disparus dans la séquence qui a accompagné la chute de la ville. Pendant la même semaine, les unes des journaux télévisés français, allemands, britanniques et américains parlent d’autre chose. Elles parlent de Gaza, d’Ukraine, des tensions autour de Taïwan, de l’élection présidentielle dans tel pays européen, du prix de l’énergie à l’approche de l’hiver. Elles ne parlent pas d’El-Fasher. Les rares brèves qui mentionnent le Soudan le font en fin de journal, sur fond de carte d’Afrique, avec un chiffre arrondi et un commentaire en voix off. La hiérarchie de l’attention est sans équivoque. Ce contraste définit le point de départ de ce livre. Depuis le 15 avril 2023, date à laquelle les combats ont éclaté à Khartoum entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, le Soudan produit ce que les agences des Nations Unies qualifient désormais de pire crise humanitaire et de déplacement au monde. À la fin de 2024, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés recense quatorze millions trois cent mille Soudanais déplacés, soit près d’un tiers de la population. L’Organisation internationale pour les migrations évoque, au printemps 2026, environ douze millions de personnes ayant fui les zones de combat depuis le début du conflit, dont plus de quatre millions et demi vers les pays voisins — principalement l’Égypte, le Tchad et le Soudan du Sud. Le Plan de réponse humanitaire coordonné par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires chiffre à plus de vingt millions le nombre de personnes nécessitant une aide d’urgence en 2026, pour un appel de fonds de 2,9 milliards de dollars financé, au moment de la rédaction, à hauteur de seize pour cent. Ces chiffres, froids, désignent une réalité qui échappe à la comparaison. Le conflit ukrainien, déclenché en février 2022, a produit environ sept millions de déplacés selon les estimations onusiennes cumulées. La guerre à Gaza, depuis octobre 2023, a déplacé près de deux millions de personnes à l’intérieur d’un territoire de quarante kilomètres de long. Le Soudan dépasse les deux conflits réunis, sans pour autant produire d’équivalent en couverture médiatique, en mobilisation diplomatique ou en engagement financier. L’indifférence relative a des causes structurelles qu’un travail d’enquête doit nommer. La première tient à la géographie médiatique. Les grandes rédactions occidentales ont réduit depuis vingt ans leurs bureaux de correspondants en Afrique subsaharienne. Les postes permanents se concentrent à Johannesburg, Nairobi, Dakar, Lagos. Khartoum n’en a jamais accueilli de manière durable. Depuis avril 2023, les rares journalistes occidentaux qui tentent le reportage passent par Port-Soudan sous autorisation militaire, ou par Adré au Tchad oriental pour documenter les arrivées de réfugiés darfouriens. L’accès aux zones contrôlées par les paramilitaires est pratiquement fermé. La seconde cause tient à la dangerosité. Selon le Comité pour la protection des journalistes, le Soudan s’inscrit en 2025 comme le deuxième théâtre le plus meurtrier au monde pour la profession après Gaza : neuf journalistes y ont été tués, selon le décompte publié en février 20262. Reporters sans frontières, dont la méthodologie inclut uniquement les décès directement liés à l’exercice du métier, a recensé en avril 2025 au moins sept journalistes tués depuis le début de la guerre, et documenté dix-sept incarcérations, des cas de torture en détention, des campagnes de cyberharcèlement visant les professionnels soudanais restés au pays. La presse locale, massivement déplacée au Caire, à Nairobi ou à Kampala, travaille à distance, avec des sources téléphoniques et des témoignages reconstitués à partir des communautés d’exil. La troisième cause est politique. Les belligérants ont tous deux intérêt à ce que la guerre ne soit pas racontée. Les Forces armées soudanaises filtrent les autorisations délivrées aux correspondants étrangers et surveillent leurs déplacements. Les Forces de soutien rapide, elles, refusent tout accès indépendant à leurs zones, procèdent à des arrestations arbitraires de professionnels des médias soudanais, et mettent en scène leur propre récit via les plateformes de réseaux sociaux.

Ce que vous trouverez dans ce livre

  • Chronologie de la guerre — avril 2023 à 2026
  • Portraits détaillés d'al-Burhan et de Hemedti
  • Filiation janjawid des Forces de soutien rapide
  • Cartographie des soutiens régionaux et étrangers
  • Route de l'or soudanais — du Darfour à Dubaï
  • Enjeu stratégique de Port-Soudan (mer Rouge)
  • Bilan chiffré — déplacés, famine, massacres documentés
  • État des voies de justice internationales disponibles

Pour qui est ce livre

  • Journalistes et correspondants spécialisés Afrique
  • Chercheurs en relations internationales et études africaines
  • Professionnels des organisations humanitaires et onusiennes
  • Étudiants en géopolitique, science politique et droit international
  • Acteurs associatifs engagés sur les droits humains
  • Lecteurs documentés sur les conflits contemporains

Questions fréquentes

Combien de personnes ont été déplacées par la guerre au Soudan ?

À la fin 2024, le HCR recensait 14,3 millions de déplacés soudanais, soit près d'un tiers de la population. Au printemps 2026, l'OIM estimait à 12 millions le nombre de personnes ayant fui les zones de combat depuis avril 2023, dont plus de 4,5 millions vers les pays voisins. Ces chiffres dépassent cumulativement les déplacements produits par les guerres en Ukraine et à Gaza.

Qui sont les Forces de soutien rapide au Soudan ?

Les Forces de soutien rapide sont une formation paramilitaire autonome, héritière des milices janjawids utilisées par le régime Béchir au Darfour à partir de 2003. Institutionnalisées en 2013, elles sont commandées par Mohamed Hamdan Dogolo, dit Hemedti, et contrôlent un vaste empire économique adossé à l'extraction aurifère. Leur filiation avec les milices responsables du génocide de 2003-2005 a été établie par la CPI.

Pourquoi les Émirats arabes unis soutiennent-ils les paramilitaires soudanais ?

Abou Dhabi livre des armes aux Forces de soutien rapide via la piste d'atterrissage d'Amdjarass, à l'est du Tchad, selon les conclusions du panel d'experts de l'ONU et plusieurs enquêtes journalistiques indépendantes. Les intérêts émiratis combinent accès à l'or soudanais, influence dans la mer Rouge et projection régionale. Les Émirats contestent formellement ces conclusions sans réfuter la documentation produite.

La famine a-t-elle été officiellement déclarée au Soudan ?

Oui. En août 2024, le Comité d'examen du Cadre IPC a confirmé la famine au camp de Zamzam, près d'El-Fasher. La qualification s'est étendue en 2025 à El-Fasher, Kadugli, puis en 2026 à Oum Baru et Kernoi. En 2026, plus de 21 millions de Soudanais se trouvaient en insécurité alimentaire aiguë, et environ 800 000 enfants souffraient de malnutrition aiguë sévère.

Qu'est-ce que le génocide du Darfour de 2003 ?

À partir de 2003, le régime Béchir a répondu à l'insurrection darfourienne par une campagne combinant frappes aériennes de l'armée et attaques terrestres des milices janjawids contre les populations civiles non-arabes. Des milliers de villages ont été détruits, des centaines de milliers de personnes tuées ou déplacées. La CPI a condamné en 2025 le milicien Ali Kushayb pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis durant cette période.

Pourquoi la guerre a-t-elle éclaté au Soudan en avril 2023 ?

Le déclencheur immédiat est le refus d'intégration des Forces de soutien rapide dans l'armée régulière, question centrale de la transition négociée après 2019. Al-Burhan exigeait une intégration rapide ; Hemedti refusait toute dissolution de sa chaîne de commandement. Derrière ce désaccord technique se trouvaient trois enjeux : le contrôle des actifs économiques, la protection des immunités judiciaires et la future répartition du pouvoir politique.

Quel rôle joue la Russie dans la guerre au Soudan ?

La présence russe au Soudan remonte aux accords de 2017 entre Béchir et Poutine, combinant exploitation aurifère via des sociétés liées à Wagner et négociations pour une base navale à Port-Soudan. Après la perte de Tartous en Syrie en décembre 2024, l'accès à la mer Rouge est devenu une nécessité stratégique pour Moscou, renforçant son intérêt à maintenir des liens avec les deux belligérants.

Quelles sont les voies de justice disponibles pour les crimes commis au Soudan ?

La CPI est compétente sur le Darfour depuis la résolution 1593 de 2005. Sept mandats d'arrêt ont été émis ; un seul procès a abouti à ce jour, celui d'Ali Kushayb condamné en 2025 à vingt ans. Béchir s'est évadé en avril 2023. Des mécanismes parallèles existent — Mission d'établissement des faits de l'ONU, juridictions universelles de certains États — mais leur efficacité opérationnelle reste limitée par l'accès au terrain.

Aller plus loin

La guerre au Soudan s'inscrit dans une longue histoire de violences d'État, de compétitions régionales et d'indifférence internationale. Pour saisir les mécanismes qui permettent à de tels crimes de rester impunis, Mossad — L'histoire secrète d'Israël offre un éclairage utile sur la manière dont les services de renseignement et les réseaux d'influence façonnent les équilibres régionaux au Proche et Moyen-Orient, zone dont plusieurs acteurs — Émirats, Égypte, Arabie saoudite — jouent un rôle direct dans la guerre soudanaise.

La question de la protection de l'enfance en situation de crise, que le livre aborde à travers les chiffres de la malnutrition infantile et des déplacements, rejoint les problématiques traitées dans Avant qu'ils ne passent à l'acte, ouvrage d'enquête sur la vulnérabilité des enfants dans les angles morts de l'attention publique et institutionnelle.

Sur le plan méthodologique, comprendre comment les biais cognitifs et les effets de cadrage médiatique conduisent les opinions à détourner le regard de certaines crises peut se prolonger par la lecture d'Introduction à la psychologie, qui expose les mécanismes de perception sélective et de dissonance cognitive à l'œuvre dans le traitement de l'information.

Enfin, pour les lecteurs qui souhaitent comprendre comment porter un sujet complexe dans un débat public ou une négociation, L'art de la négociation propose des outils directement applicables aux situations où des intérêts antagonistes doivent être arbitrés sous contrainte de temps et d'information incomplète.

Auteur

Gabriel Dayan

Gabriel Dayan est un auteur spécialisé dans les thrillers d'espionnage et l'histoire contemporaine du Moyen-Orient. Fort d'une expertise approfondie des services de renseignement et des enjeux géopolitiques régionaux, il s'attache à révéler les dessous méconnus des opérations secrètes qui ont marqué l'histoire récente. Ses ouvrages, traduits en plusieurs langues, allient rigue…

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