Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Armelle Quéméneur et le corbeau de la chorale — Rosie Penhallow — Éditions Revolu
Thriller et policier

Armelle Quéméneur et le corbeau de la chorale

Lettres anonymes et énigme à l'anglaise dans un village de Bretagne

Pages 149
Langue Français
ISBN 9798181301955
Parution 12/06/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

À Plougastel-Daoulas, la fin novembre sent le café réchauffé et le goémon que la marée a laissé sous les étals. Armelle Quéméneur y vend ses fraises, archive les ragots du marché et infuse son thé à la montre, comme le lui a appris sa mère anglaise. L'hiver serait paisible si une lettre à l'encre verte n'avait fait pleurer une choriste en pleine répétition. Puis une autre. Puis dix. Quelqu'un connaît les secrets que le village croyait enterrés, et menace de tout dire le soir de la Sainte-Cécile. Quand on retrouve un mort dans la maison derrière l'église, la gendarmerie conclut au plus simple. Armelle, elle, remarque une tasse trop propre dans une maison trop sale. Entre la crêperie de Maryvonne et Goémon, son épagneul voleur de fraises, une chose est sûre : tant qu'elle n'aura pas reposé sa tasse, personne, à Plougastel, ne chantera tout à fait juste.

Sommaire

Une lettre à l’encre verte
Ce qui se dit au marché
La chorale se déchire
Personne n’aimait l’organiste
Le silence de l’orgue
Les lettres qui n’étaient pas parties
Une tasse trop propre
Les comptes de la chorale
La voix qui cachait son nom
Le maître de chœur
Le naufrage d’autrefois
L’argent ne suffit pas
La verveine du soir
Ce qu’elle avait dit au coin du feu
La nuit de la tempête
Du thé chez la boulangère
La conscience du village
Après la Sainte-Cécile

Extrait

À sept heures, ce samedi de la fin novembre, le marché de Plougastel sentait le café réchauffé et le goémon que la marée de la nuit avait laissé jusque sous les tréteaux. La brume montait de la rade par paquets, s’accrochait au calvaire, glissait entre les étals comme une bête qui cherchait à se réchauffer. On vendait dans le froid, on tapait des pieds, on soufflait dans ses mains, et l’on s’arrangeait quand même pour rire, parce qu’un marché breton en hiver est d’abord un endroit où l’on se réchauffe à la conversation des autres. Armelle Quéméneur rangea sa caisse de pommes– la fraise dormait jusqu’au printemps, l’hiver, on vendait ce que le jardin voulait bien donner, des pommes, des choux, un peu de cidre– et tendit la main vers le thermos. Margaret aurait désapprouvé. On ne boit pas du café quand on peut boire du thé, darling. Mais Margaret reposait au cimetière depuis trois ans, et le café, à sept heures, par ce temps, était une faute qu’on pouvait se pardonner. Armelle but, regarda la place se remplir, et fit ce qu’elle faisait toujours : elle écouta. Goémon, lui, ne se pardonnait rien. L’épagneul avait posé sa truffe blanc et orange sur le rebord de l’étal d’Annick, deux pas plus loin, et fixait les fars d’un œil de douanier qui aurait déjà tout compris. Puis, méthodique, il entreprit sa tournée : l’inspection des cabas. Truffe en périscope, il passait d’un panier à l’autre le long des étals, vérifiait les fonds, soupesait les odeurs, et repartait l’air déçu de qui n’a rien trouvé à saisir. — Il ne mendie pas, dit Armelle. Il évalue. — Il évalue très bien, dit Annick Gourvès en glissant un quignon dans la gueule du chien. Tiens, mon gros. Avant que tu te fasses du mal. Annick était la chaleur du bourg faite femme. Quinze ans qu’elle tenait la boulangerie de la rue de l’Église, quinze ans qu’on pleurait avec elle le pauvre Hervé emporté par la tempête, et quinze ans qu’elle se levait à quatre heures pour que Plougastel ait du pain. Elle portait encore la farine aux poignets et un sourire qui ne devait rien à personne. Sur son étal, à côté des kouign, une petite Thermos fumait : de la verveine, qu’elle gardait pour les frileux et les insomniaques. — Tu en portes toujours au presbytère ? demanda Armelle, par habitude de bavardage autant que par curiosité. — À l’organiste, surtout. Personne d’autre ne lui en porte. Pennanéac’h ne boit que du café, mais je lui laisse de la verveine le soir, des fois qu’il dorme. Un homme tout seul, ça finit par ne plus dormir. Et celui-là, je crois qu’il ne dort plus depuis longtemps. Loïc Pennanéac’h. Armelle l’aperçut justement, à l’autre bout de la place, qui longeait les étals sans rien acheter, le col remonté, le regard partout. Cinquante-huit ans, sacristain et organiste de la chorale, et l’air perpétuel d’un homme qui notait vos fautes pour les rendre à l’inventaire. On ne l’aimait pas. On le saluait, parce qu’il tenait l’orgue et qu’on a besoin de l’orgue aux enterrements, mais on ne l’aimait pas. Il s’arrêta devant l’étal du poissonnier, ne marchanda pas, n’acheta rien, et continua sa ronde silencieuse, ramassant des regards comme d’autres ramassent des coquillages. Une cliente s’arrêta devant les pommes d’Armelle, une vieille femme emmitouflée dans trois châles, qui choisit ses fruits un à un en les retournant à la lumière grise. — Vous avez su, pour la mère Le Bras ? souffla-t-elle, sans lever les yeux. Une lettre. Une vilaine lettre, paraît-il. Elle n’est pas sortie de la semaine. — Je n’ai rien su, dit Armelle, qui savait écouter sans nourrir. — On dit qu’il y en a eu d’autres. On dit beaucoup de choses. Moi je dis que par les temps qui courent, mieux vaut une boîte aux lettres vide qu’une boîte aux lettres pleine. Elle paya, glissa ses pommes dans son cabas, et Goémon vint aussitôt en vérifier le contenu d’un coup de truffe expert avant de la laisser repartir, faute de fraises. Armelle rangea la phrase dans ce coin de tête où elle gardait les choses qui reviendraient. Une vilaine lettre. Le marché bruissait de ce mot-là, à mi-voix, entre deux achats, comme d’un mauvais temps qu’on sent venir sans encore le voir. À neuf heures, Armelle laissa la camionnette sur la place et descendit vers l’ancienne école, sous l’église, où la chorale Mouez ar Mor1 répétait pour la Sainte-Cécile.
Armelle Quéméneur et le corbeau de la chorale par Rosie Penhallow - Éditions Revolu

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